C’était, pour moi, la première fois depuis une éternité que je voyais un film de la sélection officielle de Cannes en salle, et non des mois plus tard sur l’écran d’un ordinateur portable. Mon deuxième cinéma en quelques jours, après The Mandalorian and Grogu. Au programme : L’Objet du délit, le nouveau film d’Agnès Jaoui.
Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026, dans la section Cannes Première, L’Objet du délit marque le grand retour d’Agnès Jaoui sur la Croisette, plus de vingt ans après le Prix du scénario reçu pour Comme une image. Le film est sorti dans les salles françaises le 27 mai 2026. C’est une comédie dramatique qui se déroule dans les coulisses d’une production de l’opéra Les Noces de Figaro de Mozart.
L’Objet du délit est le premier film écrit et réalisé par Agnès Jaoui sans Jean-Pierre Bacri, son complice de toujours et alter ego, disparu en 2021. On sent, tout au long du film, la présence en creux de cette écriture à deux voix qui a façonné leurs plus grands succès. La galerie de personnages truculents, les dialogues qui font mouche, cette manière unique de faire cohabiter le rire et le malaise : tout cela porte encore l’empreinte du duo.
Agnès Jaoui dédie ce film à Jean-Pierre Bacri. Pour qui a aimé leur cinéma commun — de On connaît la chanson à Le Goût des autres — cet hommage en filigrane est l’un des plus beaux moments du film.
Je dois l’avouer : je suis un grand admirateur de Claire Chust, que j’adore dans Scènes de ménage. J’attendais donc beaucoup de sa présence ici, où elle incarne l’un des personnages les plus importants de l’histoire. Et c’est là mon seul vrai bémol : à plusieurs moments, au moment précis où j’aurais aimé la voir voler la vedette, elle s’efface presque complètement. Le film lui offre une place centrale sur le papier, mais la met parfois en retrait quand l’élan dramatique aurait gagné à la laisser occuper tout l’espace.
Ce choix de mise en scène se défend — Jaoui aime les récits choraux, où ensemble est le maître-mot et où aucune voix ne doit écraser les autres. Mais en tant que spectateur conquis d’avance, j’en suis ressorti avec une petite frustration affectueuse : l’envie d’en voir davantage.
Petite parenthèse sur l’expérience elle-même : j’étais seul dans la salle. Les séances de 21 h en début de semaine ne font pas le plein, surtout quand les transports pour rentrer s’arrêtent tôt. Cela donne une forme d’intimité particulière — un grand écran, un fauteuil, et le sentiment d’une projection privée. Après des années à rattraper les films sur un ordinateur portable, ce retour en salle avait quelque chose de précieux.
Un bon moment, porté par un casting savoureux et l’humanité habituelle du cinéma d’Agnès Jaoui. L’hommage à Jean-Pierre Bacri touche en plein cœur. Mon seul regret reste le retrait de Claire Chust à des moments où je l’attendais au premier plan. Un film généreux et intelligent, qui se referme, comme Les Noces de Figaro, sur une note d’optimisme.
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