La semaine dernière, à Cannes, j’ai poussé la porte d’une salle obscure pour retrouver une galaxie lointaine, très lointaine. The Mandalorian and Grogu marque le retour de Star Wars au cinéma, six ans après L’Ascension de Skywalker. Voici mon avis, à chaud, sur ce grand écart entre la série et le long-métrage.
Après trois saisons devenues cultes sur Disney+, Din Djarin et son apprenti Grogu franchissent le pas du grand écran. Réalisé par Jon Favreau — l’homme qui avait déjà relancé toute la machine Star Wars télévisuelle — et co-écrit avec Dave Filoni, The Mandalorian and Grogu est le premier film Star Wars distribué en salles depuis L’Ascension de Skywalker en 2019. Sorti en France le 20 mai 2026, il a été pensé comme une porte d’entrée : on peut le découvrir sans avoir vu un seul épisode de la série.
S’il y a un point sur lequel le film m’a vraiment conquis, c’est son bestiaire. Favreau profite du budget et de la toile d’un long-métrage pour déployer une faune et une galerie de créatures bien plus étoffées que ce que la série pouvait se permettre. Chaque planète traversée amène son lot de créatures, de races aliens et de petites trouvailles visuelles, dans la grande tradition du worldbuilding Star Wars. C’est foisonnant, soigné, et l’animatronique de Grogu reste, comme toujours, d’une expressivité désarmante.
Cette générosité visuelle est la vraie plus-value du passage au cinéma : là où un épisode de 40 minutes devait aller à l’essentiel, le film prend le temps de faire respirer ses décors et de peupler ses arrière-plans. On sent le plaisir d’artisan d’un Favreau qui aime ses créatures presque autant que ses personnages.
Sur le terrain du récit, en revanche, il faut être honnête : l’intrigue est très classique. Quand on connaît la série, on retrouve la structure familière du duo en cavale, des contrats, des poursuites et de la mythologie mandalorienne ; peu de surprises narratives nous attendent ici. Le schéma est balisé, parfois à l’excès pour qui a déjà enchainé les trois saisons.
Et pourtant — c’est là tout le paradoxe réussi du film — cette simplicité le rend parfaitement regardable pour un spectateur qui découvre l’univers. Le film se suffit à lui-même, ne suppose aucun prérequis, et fonctionne comme un excellent premier contact. Mieux : il donne presque envie de remonter le fil et d’aller (re)découvrir la série d’origine. Pour un film d’univers aussi dense, transformer une intrigue classique en invitation à explorer le reste, c’est plutôt une jolie performance.
Pedro Pascal retrouve sans effort le rôle de Din Djarin, et le film a la bonne idée d’offrir un peu plus de chair au lien qui l’unit à Grogu. Autour d’eux, le casting accueille des renforts de poids : Sigourney Weaver en officier de la Nouvelle République, et Lars Mikkelsen qui passe enfin en live-action après avoir prêté sa voix à un personnage emblématique de l’univers animé. Le tout est porté par la patte sonore et visuelle qui a fait l’identité de la série, ici amplifiée par l’échelle du cinéma.
Un spectacle généreux, porté par un bestiaire magnifique et une direction artistique au cordeau. Le scénario reste sage et balisé pour les habitués, mais le film réussit le plus difficile : rester accessible à tous et donner envie de plonger dans la série. Une réussite d’ambiance plus que de scénario — et c’est déjà beaucoup.
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