Retour sur Battlestar Galactica

 

 

Puissants robots, les Cylons règnent en maître sur l’univers. A bord du dernier vaisseau de guerre, le Galactica, des humains tentent de survivre en entreprenant le voyage de la dernière chance : trouver une légendaire planète appelée la Terre.

 

Il fut un temps où les reboot de séries (ou de films) étaient encore loin d’être une norme, et le fait de revoir une œuvre comme “Battlestar Galactica” en 2003 a plus fait sourire, dans un premier temps, qu’autre chose.

En effet, si la série de 1978 possède sa légion de fans, elle est loin cependant d’être au panthéon des plus grandes séries de tous les temps. Curieux choix donc au premier abord de la voir transposée à la sauce 21eme siècle. C’était sans compter l’instigateur du projet, Ronald D. Moore, qui allait tous nous retourner comme des crêpes.

En effet, si la série garde son prédicat de départ (des humains en quête de la Terre suite à l’attaque de leurs colonies par les Cylons, de redoutables machines), certains éléments ont été modifiés.

On a par exemple du changement de sexe, via le personnage de Starbuck, qui apporte cependant une nouvelle dynamique vis-à-vis de ses comparses, loin d’un quelconque effet de mode.  Les antagonistes sont ici  le fruit des hommes (et non une création extraterrestre comme dans la série originelle), ces derniers ayant mis au point les machines pour leur faciliter la tâche. Si le thème de la machine qui se retourne contre son créateur est souvent représenté  dans la science-fiction (“Terminator”, “Matrix”), on a presque tendance à rattacher la base de départ au conflit entre les Américains et les Talibans, la série étant sorti quelques années après le tristement célèbre 11 septembre. On a ici à faire à un peuple pensant être à l’abri de tout et qui se fait frapper par un « ennemi » qu’il aura aidé à élaborer (de loin à ce qu’il parait pour les Américains mais chut, c’est top secret) avant de partir en guerre ouverte contre lui.

C’est justement le ton autrement plus guerrier et martial qui choque chez “Battlestar Galactica”. Si la télé américaine a abreuvé son auditoire de séries diverses au style bien souvent rutilant et bon enfant, la série de Moore tranche radicalement avec ce qui a déjà était fait auparavant, offrant une vision bien plus sombre et anxiogène qu’à l’accoutumée. Cette liberté de ton aussi étonnante que bienvenue permet également à l’auteur de brasser divers thèmes comme le fanatisme religieux ou le libre-arbitre, tout en saupoudrant l’ensemble d’une bonne dose de paranoïa.

 

 

En effet, les Cylons ont dans la série des agents à l’apparence humaine, infiltrés à bord du vaisseau. Outre le fait de dynamiser le récit tout en créant une tension palpable, ce détail nous permet d’explorer la psyché et l’ambiguïté de nombreux personnages, certains questionnant leur véritable nature et leur vision des choses vis-à-vis de leur camp respectif. Pas de manichéisme d’ailleurs ici, les Cylons ne sont pas forcément les plus méchants et les humains loin d’être parfait.

 

Si cette approche assez cérébrale tranche déjà avec le tout venant de la production science-fictionnelle télévisuelle lambda, l’approche formelle est tout aussi déroutante. Oubliez les piou-piou dans l’espace et les fusils laser, ici les balles sifflent, les « Marines » saignent méchamment et la caméra se veut souvent portée à l’épaule, donnant un aspect plus proche du reportage de guerre à l’ensemble. Même les combats spatiaux sont assez inédits, avec zoom et dézoom en pagaille et son volontairement baissé pour coller au vide spatial. Loin cependant de rendre le tout austère, ce parti pris donne du poids et un aspect viscéral aux nombreux dogfights que propose la série, offrant même des tableaux dantesques plus proche de la démesure d’une œuvre comme « Macross « que d’un “Star Trek” ou “Stargate” (voire “Star wars”)

 

Ce savant mélange de densité thématique et de mise en scène inédite n’est cependant pas parfait et la fin de la série aura quelques ratés  (notamment vis-à-vis du sort de certains de ses personnages) , mais entre la superbe écriture de l’ensemble, les personnages remarquables ( certains acteurs et actrices y jouent le rôle de leur vie) , l’approche inédite pour l’époque et la liberté de ton salvatrice, “Battlestar Galactica” reste un pilier de la science-fiction tout en étant une des meilleures séries jamais produites. Tout simplement.

 

La série est actuellement disponible sur Amazon Prime