[CRITIQUE FILM] ROMA

TITRE : Roma
DATE DE SORTIE : 14 / 12 / 2018
RÉALISÉ PAR : Alfonso Cuaron

PLATEFORME : Netflix

CASTING : Yalitza Aparicio, Marina de Tavira , Fernando Grediaga , Jorge Antonio Guerrero

Ce film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

Cela faisait déjà quelques années qu’Alfonso Cuaron nous avait laissées en plan depuis son excellent Gravity. On était en droit de se demander ce que le talentueux Mexicain avait dans sa besace, et le moins que l’on puisse dire, c’est que son dernier film, Roma, risque de surprendre plus d’un.

Le réalisateur s’est surtout fait connaitre du grand public par son excellente adaptation du troisième opus d’Harry Potter (que d’aucuns considèrent comme le meilleur de la série) et a ensuite embrayé sur l’impressionnant Fils de l’homme avant d’envoyer Sandra Bullock en PLS dans l’espace.

Trois gros films techniquement exigeants et plus orientés gros budget que son début de carrière, ce qui nous laissait croire qu’il allait continuer sur cette voie, d’autant plus qu’il fut pressenti pour réaliser les dernières aventures  du sorcier de Poudlard, ainsi que l’arrivée de Norbert Dragonneau sur grand écran.

Que nenni, Cuaron a décidé de revoir ses ambitions à la baisse cette fois, en l’apparence du moins, préférant se concentrer sur la chronique douce-amère d’une jeune servante, Cléo, au début des années 70 au Mexique. Du propre aveu du réalisateur lui-même, Roma se veut comme un retour sur le passé de celui-ci, explorant certains épisodes douloureux de son enfance.

Si l’histoire se veut ainsi moins « épique » que ses précédents métrages, Roma n’en reste pas moins terriblement prenant de bout en bout, tout en se dotant d’une patine visuelle de toute beauté. Mieux encore, le film se veut comme un beau condensé du savoir-faire tant visuel que narratif  du réalisateur. En parallèle du parcours de l’héroïne principale (interprétée par une Yalitza Aparicio d’une justesse effarante), on a droit à une plongée dans le tumultueux contexte social et culturel du Mexique (au même titre que son road movie Y tu mama tambien ), tandis que la thématique du deuil ( qui était l’un des pivots de son Gravity où Sandra Bullock devait accepter la mort de sa fille pour aller de l’avant). sera abordée à maintes reprises dans le film.

Pour donner encore plus corps à son récit, Cuaron aura recours à une mise en scène habité et riche, où l’usage de (nombreux) panoramiques fera s’entrecroiser diverses histoires dans le même plan, le tout avec un naturel et une efficacité peu commune. Simple dans son approche formel au premier abord, le film est d’une minutie aux petits oignons quand on voit la richesse des éléments habitant le cadre. Ainsi, lors d’une scène des plus marquantes du film, on passera d’un banal moment du quotidien à un soulèvement qui mènera à l’une des scènes les plus poignantes de Roma, le tout dans le même plan.


Quand Cuaron nous fait basculer du calme à l’apocalypse en un seul plan

Le réalisateur finira par nous achever avec une autre scène d’une banalité affligeante au premier abord (une plage, trois personnages)  et qui se trouvera être l’une des plus belles séquences héroïques de l’année, damant le pion à bien des films de super-héros.

Il serait dur de décrypter le film en une seule vision dans le métrage regorge de symbolisme et on regrettera amèrement que celui-ci ait droit à une non carrière en salle (le travail sur la photo et le son étant tout simplement remarquable), mais on ne boudera quand même pas son plaisir en découvrant ce film ou l’intime et le majestueux jouent des coudes.

On croise désormais les doigts pour que l’on n’ait pas à attendre 5 ans pour voir un autre film de ce maestro.

 

Note : 5,5 / 6

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