[CRITIQUE] BODIED

 

TITRE : Bodied
ANNÉE DE SORTIE : 2018
RÉALISÉ PAR : Joseph Kahn
CASTING :  Calum Worthy, Anthony Michael Hall, Jackie Long

Adam, un étudiant blanc issu des beaux quartiers, déchaîne les passions lorsqu’il décide de rejoindre le monde provocateur des rap battles, au grand dam d’Anna, sa petite amie féministe et possessive…

Curieux parcours que celui de Joseph Khan à Hollywood. Issu du monde du vidéo clip, où il a travaillé avec une kyrielle d’artistes connus (de Britney Spears à Imagine Dragons en passant par Rob Zombie ), il a dans un premier temps livré un film, Torque , qui aura carbonisé la rétine de bien des cinéphiles. Bouillabaisse numérique au scénario particulièrement crétin, le film laissait présager un parcours somme toute assez banal pour  le clippeur, comme nombre de ses comparses à Hollywood. Mais voila que sans crier gare, le bougre nous a prouvé qu’il avait plus d’un tour dans son sac.

Son second film, Détention, nous proposait déjà un virage à 180 degrés. Véritable œuvre jouissive et inventive où s’entremêlent des références aux  films de John Hughes, à Un jour sans fin et au pur slasher, cet OVNI avait déjà de quoi décontenancer n’importe quel personne ayant déjà envoyé le réalisateur au casse-pipe. Le bonhomme commençait alors à intriguer et son excellent court métrage sur les Power Rangers en mode hardcore viendra nous confirmer que le réalisateur était bien plus doué que ne le laissait présager son début de CV

C’est donc avec la truffe humide et la bave aux lèvres qu’on attendait son prochain méfait, d’autant plus que le célèbre rappeur Eminem assurait la production sur ce Bodied au pitch des plus prometteurs.

N’allons pas par quatre chemins, ce métrage est une véritable claque dans la gueule. D’une hargne et d’une fureur des plus salvatrices, le film vous happe du début à la fin avec une maestria peu commune, tandis que les fulgurances orales en laisseront beaucoup sur le carreau. Car si aborder le monde des battles de rap avait déjà de quoi faire frémir le bien-pensant de base, le réalisateur ne se privera pas de tirer à vue sur toute forme de politiquement correct qui soit.  La violence des mots a déjà de quoi décontenancer mais c’est surtout le portrait au vitriol d’une certaine intelligentsia avide de frime et condescendance qui fera hurler de terreur certains et jubiler les autres. Sous ses airs de film rentre dans le lard, Bodied se permet ainsi de remettre les pendules à l’heure et questionner le véritable regard que pose l’élite sur certaines formes de contre-culture, celle-ci jugeant souvent à mauvais escient un univers dont les codes leur sont totalement inconnus.

 

 

Mais le véritable attrait du film reste ses battles monstrueuses, montées comme de véritables scènes d’action qui vous mettront KO à plus d’une reprise. On ne peut s’empêcher de penser au cinéma d’un David Fincher mais sous testostérone, avec une bonne grosse dose d’insultes en rab. Si l’on pense dans un premier temps à Fight Club pour ces « bastons » undergrounds, c’est plutôt vers le fabuleux Social Network que Bodied semble emprunter certaines thématiques et velléités formelles.

On y ainsi retrouve le même personnage de nerd relativement inapte, préférant se consacrer corps et âme à son art, quitte à détruire son cocon social pour mieux gravir les échelons.  Si le film de Fincher se veut racé et sophistiqué avec ses cadrages et son montage millimétrés, le film de Kahn sera son pendant plus punchy et véloce, avec une caméra en constant mouvement et des effets parfois plus proche du jeu vidéo que du film pur. Les deux partageront cependant le même amour de la réplique assassine et du phrasé débité à la mitrailleuse, certaines punchlines faisant passer Shane Black (scénariste de l’Arme Fatale ou Last Action Hero) pour le parolier de Vianney.

Brutal, sans concessions, parfois hilarant, parfois triste, Bodied est un film qui fait le plus grand bien dans un paysage cinématographique de plus en plus aseptisé, d’autant plus que son fabuleux casting ( Calum Worthy, vu dans la géniale série American Vandal est sensationnel) apporte un cachet encore plus prestigieux à l’ensemble.

Troquant son costume de faiseur de bidons de lessive pour celui auteur enragé, Joseph Kahn se pose désormais comme un véritable réalisateur à suivre et si sa carrière garde ce cap, on assiste peut-être à la naissance d’un grand.

 

NOTE : 5,5 / 6

Scénario : 5,5/6
Image : 5/6
Musique : 5/6
Réalisation : 5.5/6
Jeu d’acteurs : 6/6

Le teaser, qui donne l’ambiance

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David V