[Critique de film ] Tenet – Christopher Nolan

 

Muni d’un seul mot – Tenet – et décidé à se battre pour sauver le monde, notre protagoniste sillonne l’univers crépusculaire de l’espionnage international. Sa mission le projettera dans une dimension qui dépasse le temps. Pourtant, il ne s’agit pas d’un voyage dans le temps, mais d’un renversement temporel…

 

 

 

Il est enfin arrivé le Nolan nouveau, véritable sauveur des salles pour beaucoup et pour cause, c’est le premier blockbuster (hors ressortie) à venir chauffer les projecteurs. Du pain béni pour beaucoup, mais que vaut en somme la nouvelle mouture du réalisateur britannique.

Comme à son habitude, Christopher Nolan avait dès le départ empreint son métrage de mystère, même si quelques indices transparaissaient déjà (notamment dans cette manière de jouer avec le temps, élément récurrent chez le réalisateur). Le titre en palindrome était également une belle indication de l’orientation du film, à savoir, un film «  à l’envers » . En effet, s’il n’est pas vraiment à proprement parler un film sur le voyage dans le temps, on est surtout ici face à une inversion d’éléments, d’où ces fameuses images issues des bandes-annonces dont la voiture accidentée revenant sur ses quatre roues.

Un joli principe relativement cinégénique qui aurait pu permettre de donner un sacré de brin de folie à l’ensemble et c’est bien là le problème, le film en manque clairement. Nolan a depuis longtemps privilégié un certain réalisme à son cinéma (peu d’effets numériques, scènes d’action « en dur ») , ce qui peut être louable sur le papier mais qui peut se révéler rébarbatif sur l’écran. La fameuse scène de poursuite avec la voiture retournée est symptomatique de ce problème. Si le film possède quelques plans flattant la rétine en IMAX, la pauvreté du reste en terme d’excitation est plus que flagrante.

Ainsi, outre la poursuite filmée dans un coin paumé d’Europe avec une certaine mollesse, la scène de l’avion (où le réalisateur s’est vanté d’avoir utilisé un vrai Boeing) est aussi palpitante que des courses dans la supérette du coin. Idem pour le climax, relativement excitant par moments mais tournant rapidement à une partie d’airsoft à grande échelle. Si l’on retrouve un petit fight sympathique dans une cuisine, le réalisateur rate quasiment tout le reste, dont un mano à mano jouant sur un affrontement entre deux personnages inversés, carrément prenant dans le principe mais filmé sans aucun panache.

 

 

Ainsi, plutôt que d’essayer de dynamiser l’ensemble, le réalisateur s’amuse surtout à complexifier son prédicat de départ jusqu’au rendre le tout indigeste au possible, balayant parfois toute velléité dramaturgique. Si le principe d’inversion est justement plutôt facile à saisir, on nous balance des tartines de dialogues explicatifs à n’en plus finir. On se retrouve au final avec un réalisateur plus occupé à s’extasier sur son concept plutôt que de le rendre ludique et intéressant.

C’est plutôt dommage car si on voyage beaucoup dans le film, l’ennui ne tarde pas à poindre, même si l’alchimie entre John David Washington et Robert Pattinson (qui nous rappelle qu’il est autre chose que l’acteur de Twilight) arrive à un tant soit peu à nous accrocher. En face, Elizabeth Debicki  arrive vainement à nous faire ressentir de l’empathie tandis que Kenneth Brannagh a laissé la subtilité au placard avec son personnage tout droit sorti d’un mauvais film d’action.

Histoire de nous achever comme il faut, la musique de Ludwig Göransson est pas de tout repos (sans compter que le mixage son en salles aura flingué bien des tympans) alors qu’il s’en était plutôt bien tiré sur la série Mandalorian .

 

Si le film arrive au moins à redonner vie aux salles de cinéma, ce sera en soi une bonne chose. De là à aller le revoir plusieurs fois pour arriver à en saisir toutes les subtilités, il y’a un pas que l’on n’est pas sûr de franchir, même à reculons !

 

2/6

 

Si vous aimez les films d’action jouant avec le temps, nous vous recommandons le plutôt méconnu Deja Vu de Tony Scott